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Mon Travail





Mon travail

Les peintres (les artistes en général : je parle des peintres car je crois connaître quelque peu leurs préoccupations) peuvent donner à leur pratique un nombre infini de buts : il y a certainement autant de justifications de l’acte de peindre qu’il y a de peintres, tant le domaine de l’image est vaste. Et, sans doute, toutes ces raisons sont bonnes et légitimes. On peut même imaginer une peinture sans sujet, sans souci esthétique, sans raison autre que celle d’être le résultat d’un geste totalement aléatoire, même sans peintre : une peinture, un point c’est tout.
En ce qui me concerne, si je devais situer mon travail dans je ne sais quel groupe imaginaire, ce serait dans la catégorie des peintres à programme (⋅), c’est-à-dire des peintres qui ont besoin d’aller chercher un support à leur œuvre ailleurs que dans la peinture. Cette classification n’est à mes yeux teintée d’aucun mépris pour ceux qui “n’en sont pas” : il ne faut pas à Poliakoff de sujet particulier pour nous donner un chef d’œuvre, et Chardin touche au sublime avec une brioche …
Moi, j’ai la nécessité d’étayer ma peinture d’un projet plus ample que sa seule réalisation (si agréable soit l’acte de peindre). Je ne parle ici nullement (bien que l’exercice soit passionnant et que je le pratique souvent) de la recherche d’une matière à illustrer, c’est-à-dire d’une matière à enrichir d’une image (⋅⋅). Il s’agit d’une intention plus ample, d’un programme qui devrait idéalement couvrir toute mon œuvre, avec une volonté de continuité implicite, sorte de fil rouge discret mais très efficace à la réflexion car reliant chaque œuvre à un vaste ensemble homogène : l’Oeuvre. Cette liaison devrait s’opérer justement grâce au rôle que j’ai espéré donner à ma peinture : celui d’éveilleur de mémoire.
 Cette fonction peut paraître bien ambitieuse : c’est pourtant, me semble-t-il, la seule qui reste au peintre après que les progrès de la technologie l’ont dépossédé du monopole de l’image. Ça tombe bien, intimement j’ai toujours pensé que le peintre devait utiliser son pinceau comme le poète sa plume, c’est-à-dire donner à rêver, à réfléchir peut-être, et sûrement à faire resurgir des goûts oubliés.
De là à dire que le peintre doit s’octroyer un rôle de pédagogue, non pour ce qui concerne l’apprentissage de la technique, les professeurs s’en chargent très bien, mais pour ce qui est de la signification des signes, il n’y a qu’un pas que je franchis avec certitude et allégresse…
De tout temps l’image s’est vue attribuer une double fonction narrative et instructive. Outil d’endoctrinement ou de mémoire, instrument du pouvoir, témoignage de la foi. Ainsi, tout autant qu’elle est utilisée pour montrer la puissance ou la magnificence du prince, media de propagande dirions-nous aujourd’hui (⋅⋅⋅), la peinture aussi instruit lorsqu’elle offre une vision éminemment nouvelle du familier (····).
Aujourd’hui, dans un temps où il est sans doute nécessaire de bien préciser le sens des images, le peintre devrait s’attacher à sa fonction originelle : faire lire. Ceci exigerait  qu’il délaisse un peu son rôle de poseur de couleur, au profit de celui de dénicheur de racines. Éveilleur de mémoire et Dénicheur de racines, un beau métier, ne trouvez-vous pas ?


Paul Conte
2008
(·)    On n’ose plus employer le mot message et c’est tant mieux …
(··)  Dans l’histoire, c’est toujours l’illustrateur qui est enrichi : même privé des talents incomparables de Botticelli ou de Füssli, Dante est toujours Dante … Et Goethe peut se passer aisément de Delacroix, son Faust ne lui doit rien.
(···)  Les natures mortes des Hollandais du XVIIe siècle ont quelque chose à voir avec le florissant commerce du pays et sa maîtrise  des mers. En Italie, les condottieri, parvenus de la Renaissance et brigands-fondateurs de dynasties le plus souvent par la fortune des armes, s’entourent, une fois le pouvoir pris, d’artistes et de penseurs, d’un aréopage d’humanistes au rang duquel le peintre, pourvoyeur d’images flatteuses, tient évidemment la première place. Employer tel artiste de renom est un signe extérieur de l’honorabilité d’une cour, à défaut souvent de celle de son maître et de  ses courtisans, un signe diplomatique de puissance et de niveau de civilisation. Au trecento et au quattrocento, il n’est pas de cités où l’on ne rencontre cette “association” du pouvoir avec l’art : à Sienne, Simone Martini portraiture Guidoriccio da Fogliano ; à Urbin, Federigo da Montefeltro s’attache Piero Della Francesca ; à Milan, les Visconti et Pisanello … et combien d’autres. Le pape Clément VII s’entourera, en bon Médicis, des plus grands peintres de la péninsule, redonnant ainsi à Rome le faste culturel qu’elle n’avait plus connu depuis l’Antiquité. Ses buts n’étaient pas uniquement d’ordre esthétique : le style Clémentin a crée une formidable émulation, une inimaginable réunion de génies (Raphaël, Benvenuto Cellini, le Rosso Fiorentino, le Parmesan, Michel-Ange … pour ne citer qu’eux !) et une magistrale production d’images impliquant la puissance pontificale et la primauté du Saint-Siège.
(····) La manière dont Tiepolo pose les ombres d’un visage, les audaces de perspective de Van Eyck, la fulgurance du trait de Daumier et le génie au quotidien d’un Picasso, autant d’interpellations et d’interrogations. L’artiste traduit pour nous une réalité  invisible sans lui et qui deviendra, après, la véritable et seule réalité. Jusqu’à ce qu’un autre artiste …


 
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24-09-2017
© Thierry Schwartz, concepteur Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
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